Climat : Dakar sacrifie ses pêcheurs pour le charbon

  • Source: : Le Monde | Le 05 avril, 2018 à 00:04:18 | Lu 4854 fois | 10 Commentaires
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Climat : Dakar sacrifie ses pêcheurs pour le charbon

Les industries qui contribuent au réchauffement s’entassent sur une zone côtière déjà menacée par l’érosion et la montée des eaux.

Derrière les grandes pirogues colorées que les pêcheurs sénégalais tirent sur la plage se dessine dans les vapeurs du matin la silhouette d’un « monstre ». C’est ainsi que les habitants de la commune de Bargny, à 35 km de Dakar, surnomment l’immense cheminée de la centrale électrique à charbon qui se dresse au-dessus de leur ville. « Ils ont commencé les essais, raconte Cheikh Fadel Wade, coordinateur du collectif des communautés affectées par le projet. Ils veulent la mettre en activité ce mois-ci, mais nous allons tout faire pour l’empêcher. »

Depuis 2010, avec ses camarades, il tente de s’opposer à la détérioration de leur territoire et des activités ancestrales d’agriculture et de pêche. Sur les 70 000 habitants de Bargny, une forte majorité vit de l’activité halieutique. La ville concentre l’une des plus grandes communautés de pêcheurs lébous du Sénégal.

Mais le réchauffement climatique menace : Bargny est l’une des villes les plus vulnérables à l’érosion côtière. Avec la montée des eaux, les vagues lèchent aujourd’hui les flancs de maisons à demi écroulées sur la plage. La mer nourricière est devenue une menace qui progresse de plus de deux mètres par année, forçant des centaines d’habitants à s’entasser dans les quartiers riverains. « Nous devions reculer sur les terres arables mais nous ne pouvons pas, s’agace Fadel Wade. Les industries polluantes s’établissent sur toute la zone. Nous sommes pris en tenaille ! »

Outre le projet de la centrale à charbon de Sendou, Bargny doit compter avec l’une des plus grandes cimenteries d’Afrique de l’Ouest, la Sococim, appartenant au groupe français Vicat. Elle se tient à 3 km des habitations, dans la commune voisine de Rufisque. Dans quelques années, Bargny abritera aussi un port minéralier et vraquier de 483 hectares dont le lancement des travaux a été annoncé par le président Macky Sall fin février.

Si tant de projets industriels trouvent ici leur place, c’est que Bargny est au centre du Plan Sénégal émergent (PSE), le vaste programme de réformes infrastructurelles lancé par le gouvernement en 2014. Engorgée, Dakar a besoin de s’étendre en métropole tentaculaire hors de sa péninsule. Et le département de Rufisque, dont fait partie Bargny, représente 67 % de l’assiette foncière de la région. L’emplacement de la commune est idéal : proche de la capitale et de la côte, elle est traversée par une route nationale et bientôt par le nouveau TER.

Sardinelles

Le gouvernement a trouvé ici le bassin futur des industries qui nourriront l’économie sénégalaise. D’ici à cinq ans, la commune abritera 80 % du nouveau pôle urbain de Diamniadio, composé de 40 000 maisons et appartements pour 300 000 habitants. Peu de pêcheurs bargnois auront les moyens d’acheter l’un de ces logements. « Le maire a proposé de reloger les pêcheurs victimes de l’érosion dans la zone nommée “Bargny ville verte”, derrière la voie du prochain TER, à 3 km de la mer, précise Fadel Wade. Mais laisser sa pirogue si loin, c’est risquer le vol ou la destruction par la marée. »

Pendant un temps, ces réfugiés climatiques devaient être relogés sur un site proche de la rive, les lotissements Minam 1 et 2. Ceux-ci ont été vendus par l’Etat en 2008 pour construire la centrale de Sendou. Depuis, si l’Etat a promis un plan de relogement, les pêcheurs vivent toujours dans leurs bâtisses dévorées par la mer.

C’est le cas d’Alioune Cissé, assis au milieu de sa maison dont trois chambres ont été emportées en août 2016 sous les assauts de la houle. « Je n’ai toujours pas déménagé ma famille car je n’ai pas les moyens, soutient-il. Entre la mer, la centrale, la cimenterie et le port, nous étouffons. L’air, l’eau sont pollués et les poissons deviennent impropres à la consommation. » Ce qu’il craint le plus, c’est que ces industries gourmandes en foncier fassent à terme disparaître son activité. « Les femmes transformatrices de poisson ont déjà dû quitter la zone de sécurité de 500 m autour de la centrale, poursuit-il. Elles ne savent pas où travailler. Sans elles, toute notre économie s’effondrera. »

Devant le grillage encerclant le « monstre » de Bargny, Rokhaya Samba évide les sardinelles entassées dans son sceau. Depuis plusieurs mois, elle participe aux manifestations des agriculteurs qui craignent aussi pour leur métier. « Pour construire leur port, ils terrassent au bulldozer nos champs de gombo, clame-t-elle, agitant son couteau. Des centaines de paysans seront au chômage. Comment allons-nous faire sans agriculture ni pêche ? »

Les champs de gombo près de Bargny, qui seront prochainement rasés pour laisser place au port minéralier et vraquier.
Dans son bureau, Abou Ahmed Seck, le maire de Bargny, promet que « tous les propriétaires terriens seront indemnisés par le gouvernement », mais admet que ce ne sera pas le cas des exploitants. « Nous insistons pour que des compromis soient trouvés entre les agriculteurs et les propriétaires », dit-il. Concernant la pêche, il assure qu’« un quai spécifique avec un complexe frigorifique et un marché aux poissons verra bientôt le jour. Par contre, l’agriculture va disparaître. A la place, nous aurons de l’industrie. Qui dit port et centrale dit des milliers d’emplois directs et indirects. Dans tous les pays du monde, le rythme de consommation du foncier augmente au profit de l’industrie. Bargny est la porte d’entrée de Dakar. Il est inéluctable que le développement s’organise chez nous. Toutes les grandes entreprises du portuaire, comme Bolloré, viennent nous voir ».

« Invivable »

Cet enthousiasme déçoit Fadel Wade, pour qui « les navires déchargeront du charbon, des phosphates, du soufre, de l’acide sulfurique, des produits chimiques. Il y aura forcément des déversements lors du transbordage et de la manutention. La zone deviendra trop polluée pour pêcher. Les poissons sentiront le pétrole comme à Dakar. Si l’on ajoute à cela les fumées toxiques de la centrale chargées en plomb, en sélénium et en arsenic, Bargny sera invivable ».

Avec des prévisions d’un million de tonnes de CO2 rejeté par an, Abou Ahmed Seck a conscience du risque écologique qu’encourt sa commune. Il a donc négocié un protocole entre sa mairie, la Senelec (Société nationale d’électricité) et la Compagnie d’électricité du Sénégal (CES) visant à basculer la centrale à charbon en centrale à gaz, moins polluante, en 2021. Selon Fadel Wade, il y a « peu de chance pour que la centrale passe au gaz en trois ans alors qu’elle n’est même pas encore active ».

Face à l’industrialisation de Bargny, son collectif a rejoint la plateforme DeCOALonise Africa, qui défend les énergies renouvelables contre le charbon sur tout le continent. En plus des mobilisations, qu’il promet d’envergure, Fadel Wade entend déposer une plainte prochaine auprès de la Cour suprême.


Auteur: Matteo Maillard - Le Monde






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Commentaire (9)


Latdior2012 il y a 3 semaines (01:40 AM) 0 FansN°: 1
La pollution industrielle et la destruction de notre environnement ne sont pas inéluctables. Ce sont des choix a faire et nous pourrions décider de ne pas les faire. Pourquoi avons-nous besoin d'un terminal minéralier? Pour exporter quels minéraux? Si la santé des populations importe peu, on comprend la précipitation et l'insouciance de nos gouvernants. Pressés de toutes parts par leurs soutiens, français, chinois ou américains, uniquement motivés par l'appât du gain, les vies humaines dans cette région passent au chapitre pertes et profits. Comme durant la période coloniale, le mépris des locaux est de rigueur, ignares et sous-éduqués, avatars d'êtres humains qu'ils sont. Que peuvent-ils savoir des produits chimiques de la science dite moderne? Rien. Donc, passez, et ne revenez plus. Nous, on bâtit. Des ouvrages toxiques, pour accueillir des substances mortifères, financés par la verrue au col amidonné des pourvoyeurs d'argent, terrés dans les paradis fiscaux anglais ou américains. Que représente les populations de Dakar et sa péninsule? Que des bougnoules, déambulant dans des pays dont l'on n'ose trop s'approcher pour ne pas risquer de se couvrir d'excréments qui, d'après certaines informations, giclent de partout. Ces pauvres bougres ne peuvent valablement barrer la route à un convoi exceptionnel et rutilants de projets, plus polluants et dangereux pour la santé des riverains et au-delà. Qu'en savent ces derniers? Rien. Qu'en sauront-ils demain. Rien de rien. La chimie, c'est bien connu, ne s'apprend ni à la mosquée ni à l'église. Et, dans le bois sacré, on est plus porté sur l'alchimie, ce précurseur obscur qui nous décourage d'apprendre la composition des mystérieuses formules qu'on nous demande d'ingurgiter.



Au moins, ces alchimistes ou sorciers, ces titres sont souvent interchangeables, eux prétendent qu'ils nous veulent du bien. Dans notre chair, nos os et notre corps. Les demandes imposées aux gouvernements africains pour ces infrastructures diaboliques zappent tout ce qui a trait aux populations. Quelles populations? Une bande d'ignares couverts d'une substance répugnante? A zapper. Au nom d'un vague progrès très hypothétique dont les effets ne peuvent être connus, malgré certains rapports de charlatans cravatés, sur la longue période d'exploitation de ces ouvrages malvenus. Sénégalais, réveillez-vous!!!  :sunugaal:  :sunugaal:  :sunugaal: 
Anonyme il y a 3 semaines (02:08 AM) 0 FansN°: 2
Xana indemnisation yi diaroul yonn, trop de bruit dans cette zone.

Anonyme il y a 3 semaines (04:33 AM) 0 FansN°: 3
"les terres ont été vendues en 2008", il faut croire que les fantômes du "sopi" nous pourchassent toujours. sic
Annick il y a 3 semaines (06:42 AM) 0 FansN°: 4
Bargny c déjà foutu depuis longtemps. On se croirait sur la lune ! Beurk !
Anonyme il y a 3 semaines (07:30 AM) 0 FansN°: 5
TOUT LE MONDE SERA MALADE LA BAS...L'ENVIRONNEMENT EST DEJA FOUTU AVEC LE CIMENT MAINTENANT LE CHARBON...LA MER; LES PLAGES SERONT EGALMENT FOUTUES...TOUT CA POUR QUI? :roadrunner:  :roadrunner:  :roadrunner:  :roadrunner: 
Anonyme il y a 3 semaines (13:08 PM) 0 FansN°: 6
diadeuf fadel Wade t'as parfaitement raison et bonne chance parce que t'en aura besoin avec ces gens qui ne pense qu'à leurs interets et non ceux du peuple :brawoo:  :brawoo:  :brawoo: 
Anonyme il y a 3 semaines (16:32 PM) 0 FansN°: 7
Des que j'ai fini la deuxième phrase de l'article j'ai su c'est pas un journaliste senegalais et surtout pas de Seneweb qui écrit. La différence est extraordinaire ...
Anonyme il y a 3 semaines (18:20 PM) 0 FansN°: 8
On n'arrête pas la mer avec ses bras.

Dites votre prix, Macky fera le reste.

Ces projets sont là depuis plus d'une décennie.

C'est vrai que la centrale aurait pu être construite à Kaolack ou Saint Louis par exemple, mais le projet de port est bouclé depuis longtemps.

Votre zone est déjà polluée par votre gedj dégeulasse, alors allez picorer ailleurs  :emoshoot: 
Reply_author il y a 3 semaines (18:50 PM) 0 FansN°: 1
ce guedj degueulasse dont tu parles te fais vivre et a certainement fais vivre ton enculée de mère.
ces populations sont dignes et n'ont pas de prix.
c'est facile de se mettre derrière son clavier et de parler: dis le dans la rue niou dakhar sa ndèye
Anonyme il y a 3 semaines (19:58 PM) 0 FansN°: 9
bizarre, nous votons pour une constitution qui dit que les ressources naturelles du Sénégal leur appartiennent autant qu'ils ont droit à un environnement sain. Et voilà que contre toute puisqu'on se dirige vers un monde où les énergies renouvelables (le Sénégal, un des pays les ensoleillés du globe) entre autres le gouvernement se met à polluer une mer qui fait vivre des milliers de ses citoyens pour satisfaire l'appétit vorace d'investisseurs indiens. Y a plus que le désir de générer plus d'électricité quand on a découvert des réserves de gaz qui nous placent au 4ème rang au monde à quelque 470 kms de Bargny où cette centrale à carbon beaucoup plus poluante que le gaz s'est inatallée. May be Macky sall prépare sa retraite pour faire comme ce président sénégalais qui 3 maisons à Versailles.

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